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Le château de mer de Safi

Suite à la publication de l’article « Safi – Le château de mer lance un cri de détresse » sur notre site le 8 avril 2010, nous avions reçu une réaction de la part de M. Najib CHERFAOUI, ingénieur des Ponts et Chaussées, Expert Maritime et Portuaire, que nous publions aujourd’hui après l’effondrement d’une partie de la façade maritime du château de la mer (قصر البحر), à savoir l’arcade de la porte de la mer. Pour rappel le projet de restauration de ce monument historique avait été lancé par le ministre de la culture en mars 2023.

 

La réaction de Najib CHERFAOUI :

En raison de l’ignorance des choses de la mer et de l’absence totale de culture portuaire, ceux qui président aux destinées du secteur maritime du Maroc n’ont pas compris que l’effondrement du château de mer de Safi est dû à l’impact de la digue portuaire sur le littoral. Cet impact se traduit essentiellement par une forte concentration d’énergie des vagues incidentes auxquelles viennent s’additionner les vagues canalisées par la longue digue du port de Safi.

Pour résoudre ce problème il suffit de construire un brise-lames à 300 mètres du rivage en face du Château côté mer.

Les paysages côtiers sont façonnés par l’eau. Les vagues transportent, dans leur mouvement de va-et-vient, du sable et des galets qui percutent le pied des falaises. Cette attaque peut avoir pour conséquence des effondrements de la partie supérieure de la roche. De plus, l’eau entre dans toutes les petites fissures et craquèlements rocheux, qu’elle agrandit, ce qui finit par former de véritables couloirs et grottes. Puis, selon la résistance de la roche, le fait qu’elle soit stratifiée ou non, qu’elle penche davantage vers la terre ou vers la mer, elle donne des types de falaises complètement différents les uns des autres.

Lorsque la roche est tendre, quelques années suffisent pour que des falaises se forment. Dans ce cas le recul peut s’avérer rapide, 5 m par an au cours des années 1960 à Safi.

Mais si la mer se frotte à des parois rocheuses dures telles que la quartzite, le recul est à peine visible, comme par exemple sur la fameuse corniche de Casablanca. Le constat le plus marquant des falaises du littoral de Safi est leur porosité. Plus précisément, elles contiennent des poches, de dimensions allant de centimétriques à métriques, reliées entre-elles par des canaux de diamètres variant dans les mêmes proportions ; ceux-ci constituent un véritable réseau de galeries horizontales ; et les cavités prennent souvent l’allure de cavernes.

Ainsi, à hauteur du Château de mer, les reconnaissances sous marines ont mis en évidence la présence d’un réseau fractal de grottes de diverses étendues pouvant atteindre sept mètres d’ouverture et cinquante mètres de profondeur, incluant notamment la desserte ferroviaire du port.

Cherfaoui Najib