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EL JADIDA, LA CAPITALE D’UN LITTORAL QUI FASCINE ET INTERPELLE

LA CIVILISATION, MA MER
Depuis la nuit des temps, l’homme et son espace maritime ont fait bon ménage au sein d’une intelligente cohabitation. Et c’est sans nul doute cet instinct inné qui sommeille au fin fond de chaque individu qui est à l’origine de l’actuelle symbiose qui associe l’homme et son littoral; d’où la centralité de mer et des océans dans le comportement des populations et aussi dans leurs besoins d’expansion.

Il faut dire que la morphologie de chaque zone littorale et l’aisance de son accessibilité ont été déterminantes dans tous les processus de sédentarisation et de création de richesse.
Dans ce contexte là, on ne peut risquer d’être contredit, en soulignant que la nature a doté la Province d’El Jadida d’un trait de côte des plus remarquables, qui se caractérise par une grande diversité morphologique où plusieurs types de côtes des distinguent nettement avec tout ce qui en résulte comme richesses et avantages maritimes.

De Mharza Sahel en arrivant à la ville d’Azemmour qui trône depuis des temps immémoriaux sur le piédestal de son embouchure, il nous est difficile de passer outre le rôle déterminant que détenait et détiendra toujours l’Oued Oum Errabii et son estuaire dans la naissance et le rayonnement qu’avait connu cette doyenne des Cités Marocaines.
Un peu plus au Sud, c’est la baie d’El Jadida et son sable fin qui est à l’accueil.

Protégé par une barrière sous marine naturelle, cet espace maritime qui est des plus dociles, a depuis toujours suscité la convoitise des écumeurs de la mer,
L’histoire ne nous rapporte-t-elle pas que c’est en raison des avantages que présente cet abri naturel que le premier noyau urbain de l’actuelle El Jadida s’était mis en place ?

Beaucoup plus loin, c’est Oualidia (Qui relève aujourd’hui de la Province de Sidi Bennour) et la virginité de son complexe lagunaire qui ont fortement marqué la côte des Doukkala. Baptisé « Mysocoras » par les Grecs puis « Marça Al Ghaït » par les Arabes du moyen âge, le petit port naturel de Oualidia était des plus fréquentés jusqu’au XVème siècle pour se convertir plus tard en un havre de paix auquel rêvent les férus de contemplation de la nature et de la méditation.

Entre ces trois grands pôles, le littoral de la province d’El Jadida s’offre sous les couleurs d’un splendide bouquet, garni par une multitude de petites plages enchanteresses, de plateaux rocheux, de falaises argileuses, de lagunes primitives, de salines et d’un Cap Blanc…Une véritable zone laboratoire, où toutes les études qui y sont menées peuvent être transposées à d’autres côtes marocaines.

Toujours est- il qu’au-delà de la valeur paysagère indéniable qui caractérise la singularité du littoral d’El Jadida, ce dernier constitue également un patrimoine biologique de première importance. La richesse de cette biodiversité est d’autant plus spectaculaire qu’elle est sujette à l’influence d’un phénomène océanographique majeur, que les scientifiques ont inscrit sous l’appellation « d’Upwelling ». Cela consiste, selon le Professeur Assobhei Omar, Coordinateur National de la REMER “aux remontées d’eaux froides du fond de l’océan, connues pour leur richesse en nutriments, et ce, suite au déplacement des masses d’eaux marines superficielles vers le large”. Ce perpétuel mouvement naturel qui conditionne la vie sous-marine d’un large pan de la côte de la Province et dont on ressent l’impact direct au niveau de la plage de Sidi Bouzid et ses eaux glaciales, est considéré comme un atout déterminant pour la biodiversité des zones concernées. Une richesse qui est aussi omniprésente sous la forme d’immenses gisements de Gelidium, cette espèce d’algues plus connue localement sous le nom de R’bia et qui a pris pied sur une large zone de la côte de la Province pour faire d’El Jadida le plus grand gisement d’agar-agar au niveau National.

LES TEMPS D’UNE RUPTURE

Une lecture très attentive des multiples éléments qui meublent le littoral de la Province d’El Jadida et dont on n’a fait ici, qu’effleurer les composantes et leurs interactions, nous ramène incontestablement à cette dualité qui a alimenté tout au long de ces dernières années les conflits entre l’homme et la mer. L’homme et ses activités compétitives, la mer et son droit au respect. L’homme qui est dans le besoin de se développer économiquement, la mer qui ne peut supporter des agressions dépassant ses capacités d’absorption.

Au niveau de la province d’El Jadida, les premières étincelles de ce conflit sont très récentes, puisque leurs prémices ne se sont fait annoncer qu’au tout début des années 80 du siècle dernier. Et aussi paradoxal que cela puisse paraître, c’est la tendance au développement de cette région, jusqu’alors considérée comme vierge et sous exploitée, qui a déclenché ce processus considéré comme irréversible.

On n’avait donc pas à plonger trop loin dans le passé pour localiser cette ligne d’inflexion qui nous met aujourd’hui en face de ce qu’on peut appeler la nouvelle ère de l’explosion sédentaire et des craintes environnementales au niveau de la zone littorale d’El Jadida.

Le début des années 80 allait marquer la plus brusque des inflexions suite à l’implantation du Port de Jorf Lasfar, considéré comme étant l’un des plus importants port minéralier de la côte Africaine, renforcé par l’installation de la plus grande plate-forme phosphatière du monde.
Et c’est ainsi que la “gentille” El Jadida et son littoral se sont soudainement retrouvés ouverts sur ses grands horizons de deuxième pôle économique du pays, alors que la timide capitale de Doukkala continue à se confiner dans la légèreté de son attractivité balnéaire et la vocation agricole de son arrière pays.

UN CHANGEMENT DE CAP, MAL NÉGOCIÉ

C’est donc en partant de tous ces indicateurs sus-cités qu’il nous faut étudier, analyser et comprendre ces “bouleversements” qui semblent porter atteinte à la quiétude de cette “Jolie deauville Marocaine” qui n’existe plus que dans notre imaginaire et dans les soupirs de nos nostalgies.

Le grand air de développement qui a soufflé fortement sur El Jadida, avait surpris et même brusqué les différents gérants qui se sont succédé à la tête de la ville … et tout ce qui entache El Jadida de nos jours n’est rien d’autre que la conséquence de toute une chaîne de défections antérieures issues d’un amateurisme politique doublé d’une immoralité réductrice.

Pourtant, tous ceux qui décident pour nous auraient dû sentir le brusque changement des vents et prendre les devants pour maîtriser la situation avant qu’elle ne tombe sous la coupe de l’irréversible.

LES TEMPS DE LA RAISON

Ultime interrogation : Est-il encore temps pour remettre les pendules à la bonne heure?
Ma réponse : Avec plus de responsabilité, plus de sérieux, plus de prise de conscience, plus de bonne volonté… c’est possible.

Il faut reconnaître que depuis peu de temps, le nouveau Gouverneur, M. Mohamed Atfaoui en homme de terrain, fort de son sens de responsabilité et son indéfectible volonté, tend à redresser une situation devenue trop complexe, mais il faut reconnaître aussi qu’un homme seul et quelles que soient ses capacités et ses ambitions sera toujours en position de fragilité sans l’implication de tous ceux qui sont de près ou de loin concernés par un sursaut d’éveil de cette province qui détient tous les atouts sans savoir les utiliser à bon escient.


Chahid Ahmed